La plume face à la toile avec Philfri Artiste-Peintre : Fantasme N°4

Purification et renaissance


Il paraît, qu’en chacun de nous, cohabitent le « mal » et le « bien », des notions diamétralement opposées et qui pourtant n’auraient aucun sens l’une sans l’autre.
Il semblerait aussi, que dans nos pratiques sadomasochistes nous soyons des barbares, des gens qui manquent cruellement d’imagination et d’humour.

Je ne crois rien de tout ça. Je pense que le mal et le bien se confondent pour faire des êtres à part entière et je crois que le SM est sans doute une pratique des plus drôle où tout est permis dans la mesure où il s’agit d’un jeu entre adultes consentants. Une pratique qui permet de remettre les choses là où elles auraient dû être depuis longtemps.

Ne pourrions-nous pas comparer cela à un jeu d’enfants mais des gamins plus âgés et avertis ? Des mômes sans foi ni loi qui finalement n’ont jamais eu l’occasion d’être réellement des gamins ?

Mis à part ces derniers mois, nous n’arrivions pas dans cet univers alternatif par hasard. Derrière chaque masque, se cache un visage meurtri : celui d’un enfant maltraité, abusé, celui d’une femme violentée ou celle d’un jeune homme castré. La vie où certains accidents abîment les êtres au plus profond d’eux, créant ainsi déséquilibre qu’il est important de rétablir.

J’ai en mémoire des sessions où chaque pratique n’était qu’un sourire de celui qui donnait ou de celui qui recevait. J’ai dans l’esprit le besoin que chacun, plus ou moins consciemment, venait trouver dans cet aire de jeux une thérapie, une réponse ou un soulagement.

Il y a, dans ces comportements, quelque chose de classé « déviants » chez nos chers psychiatres ou, tout simplement par la moral de satanés clichés sociologiques. Vous savez ces messieurs en veste blanche qui pensent détenir l’ultime vérité sur ce que nous devrions être mais que personne n’est vraiment, qu’il soit dedans ou en dehors de leurs  murs de castration chimique ou culturelle.

Quand dans cette baignoire, tu m’attends complètement nu et souriant et que je m’approche de toi, complètement nue et souriante moi aussi, il y a un jeu.  Le jeu de ce que j’appellerais la « purification ».

Un tuyau  relié au robinet dans ta bouche mon amour, un autre à ton anus, des autres plantés sur  ton corps. Le tout fruit de ta propre création, de nos folies.

Je t’immobilise la tête entre mes cuisses afin que la dernière image que tu puisses voir si tu devais rendre l’âme, soit celle de ma matrice : le corps d’une femme, d’une maitresse, d’une amie, d’une maman. La silhouette de ces femmes qui ont été aussi nécessaires à ta vie qu’elles n’ont été cruellement absentes ou désirées. Le con de celle de qui tu pourrais renaître, tout simplement.

Je n’ai qu’un geste à faire pour ouvrir le robinet qui, simultanément, va te remplir d’eau comme pour laver toute la saleté qui est en toi. De l’eau froide glacée, de celle avec lesquelles, fût un temps, on punissait les galopins pour les bêtises les plus ridicules qu’il soient.

J’aurais pu m’attendre, avec humour, à ce que tu gonfles et que tu exploses comme une bombonnes mais en f ait le corps est bien plus résistant et accueillant qu’il n’en n’a l’air. Tu vas suffoquer, tu vas gesticuler, tu vas croire  en cette mort qui te menace. Et tu as raison, parce que je pourrais, une nouvelle fois, te tuer sans sourciller.

Dans ton agonie je vois que ton visage se voile, se met en colère, me supplie puis abandonne toute forme de résistance. Ca n’est pas moi qu’il abandonne mais cette part du « mal » qui nous habite tous les deux et qui avait pris jusque là ce détestable ascendant sur nos vies banales de monsieur et madame tout le monde.

J’éteins cette eau qui pourrait presque être bénite et je t’observe avec les yeux remplis d’affection revenir à un « toi » différent. Un « toi » meilleur.

Tu vas rouvrir les yeux, après avoir craché du sang, tu auras le regard perdu mais tu seras serein. Tu te diras que c’était ta communion d’adulte, la  seule qui devrait avoir lieu pour expier tes pêchés. Pour expier nos péchés. La seule pour laquelle tu aurais donné ton accord.

Elle te rappellera ces moments de silence ou de sécurité qui pouvait t’envahir lorsque, dans ta baignoire, tu te bouchais le nez pour explorer un monde fantaisiste sans bruit, sans tracas. La sérénité.

Cette noyade improvisée se fera l’expression d’une renaissance dans laquelle nous avons chacun un premier rôle et non pas des rôles secondaires qui n’étaient pas à la hauteur de ce que nous sommes.

Et nous nous réveillerons. Meilleurs, entre le mal et le bien mais de façon très équitable.




Merci à "ma muse" dont les toiles qui évoquent nos fantasmes me servent de support pour écrire
 Retrouvez ses oeuvres www.philfri.com
(l'artiste expose à la gallerie Concorde à Paris jusqu'au 28/12/13)





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