La plume face à la toile avec Philfri Artiste-Peintre : Fantasme N°2


La robe du bonheur



Le blanc a toujours eu une signification particulière pour moi. Loin du cliché de la robe de marié et du pseudo bonheur qui est censé aller avec, c’était plutôt celle que je portais lors de ma première rentrée des classes. La rentrée dans la vie, là où tu es censé devenir grand comme les autres.

J’avais 5 ans et j’attendais désespérément que ma mère vienne me chercher. Lorsque tardivement elle fit son apparition, je couru vers elle avec cette jolie robe, la robe de la petite fille modèle qu’elle aurait toujours voulu que je sois et que finalement je ne serais jamais assez.


Je me revoie courir dans ce corridor à toute vitesse, mes boucles sautillant sur mes épaules, les bras écartés impatiente et heureuse devant ce mur qui se dressait devant moi. Dans ma précipitation, alors que j’atteignais enfin mon but, je suis tombée dans le hall de l’école à ses pieds alors que je voulais juste lui arriver dans les bras. En m’égratignant le genoux j’ai sali cette robe qui était si chère à ma mère obsédée par l’image. Elle me gifla avant même de m’embrasser mais ça m’était égal, la grosse tâche rouge qui apparue alors sur ce joli vêtement me subjuguait bien plus que l’échec que représentait cet instant qui aurait du être magique.

Je venais d’avoir ma première leçon de vie, en fait « vivre » c’était courir vers un bonheur hypothétique voir inaccessible, tomber et devoir se relever seule ensanglantée.

Depuis lors, j’ai toujours pensé que le blanc n’était pas fait pour le rester tout comme la vie n’était pas faite pour être heureuse, tout cela semblerait si fade sans couleur.

Sur mon siège, mon amour, lorsque je te regarde la tête posée sur mes genoux, j’aime revoir le sang couler sur ma robe blanche d’adulte. Ce sang ça n’est plus le mien ou peut être que si, ça le sera toujours un peu quoi qu’on en dise mais il vient de toi.

De cette bouche que je t’ai cousue pour ne pas que tu puisses parler, souffrir ou te plaindre, pleurer. Pour ne pas que tu vives cette déception. Pour que nous grandissions ensemble, sans cet échec.


N’es-tu pas là le plus heureux des hommes entre mes bras, baignant dans ton sang qui tâche cette maudite robe immaculée. Ne sommes-nous pas ainsi en train de donner un sens à des vies qui pourraient être si insipides ?

J’aime voir tes lèvres se gonfler sous la pression des aiguilles en croix, j’aime ce filet rouge qui coule le long de ton menton pour glisser dans ton cou, frôler mes mains et faire de ma robe de princesse la plus belle qui soit.

J’aime ton regard qui me dit je t’aime et c’est en te caressant la joue et te faisant le câlin que j’aurais pu avoir il y a 40 ans que j’ai l’impression d’être sereine.





Merci à "ma muse" dont les toiles qui évoquent nos fantasmes me servent de support pour écrire
 Retrouvez ses oeuvres www.philfri.com
(l'artiste expose à la gallerie Concorde à Paris jusqu'au 28/12/13)



Commentaires

  1. J aime cette serie de la plume face a la toile. c est tellement toi... le verbe et la toile...

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