Bulletin d'humeur : Et qu'est-ce qu'on sait de la vie même si on croit tout savoir ?


Vide, froid et limité. C’est la petite bouteille dans laquelle je suis née. Enfin, petite, je ne sais pas, encore faudrait-il que je sois grande pour pouvoir juger de sa taille mais, je crois que je ne le suis pas. On m’a dit, 1m58 mais est-ce que ça veut vraiment dire quelque chose là dedans ?

Il paraît qu’un poisson rouge meurt de folie à force de tourner en rond dans son bocal et pourtant, moi, je suis toujours en vie dans mon récipient. Mais bon, ça n’est pas un bocal, c’est une bouteille ou quelque chose dans le genre…Et puis, je ne suis pas un poisson…Enfin, je crois.

Bref, je suis là, en vie et je sais que je le suis parce que je ressens des émotions : de l’amour, de la peur, de la douleur.  Mais bon, je ne suis même pas sûre que ce soit des émotions parce que je ne les partage pas. Parce que je pense que je suis seule à les vivre.

Donc, je suis là, dans ma bouteille, tout au fond et quand je regarde le sommet ça devient de plus en plus étroit alors je me dis que finalement, je suis peut être mieux dans le fond, au moins j’ai de l’espace. Mais bon, je me dis ça parce que je ne connais que cette circonférence et que je me dis qu’il n’y a aucune raison pour que si avec la hauteur l’étau se referme  il y ait, là haut, plus de place.


Alors, je me promène dans ce parc de glace, parfois je crois que je peux aller tout droit et c’est lorsque je me cogne contre une paroi que je comprends que je ne peux pas avoir cet itinéraire. Mais bon, je le comprends sans vraiment le comprendre, juste parce que je me suis fracassée le nez dans mon entêtement, juste parce que j’ai aperçu quelque chose qui me donnait envie de changer de direction. Ou alors juste parce que j’ai songé au poisson et que j’ai cru bon me faire mal dans l’espoir de ne pas sombrer dans un ennui mortel comme il aurait pu le faire lui dans son aquarium.

Puis, j’ai reçu quelques gouttes de là haut, de l’eau jusqu’aux chevilles. Jusqu’aux genoux. Jusqu’au cou. De l’eau à profusion. J’ai bu la tasse mais bon, ça c’est parce que je ne savais pas que je pouvais faire de l’apnée, je l’ai vite compris quand l’eau a recouvert mon corps, puis ma bouche, mes yeux, puis ma tête. Quand l’eau m’a noyée mais que je restais là, sans respirer avec le regard fixe. Un instinct de survie certainement. Du moins, je pense que c’est comme ça que ça s’appelle.

Voilà que je suis dans une matrice liquide et que mon corps réagit spontanément, il se met à voler dans cette lotion stérile qui n’a ni odeur, ni saveur. Je le sais parce que de temps en temps, je continue d’en avaler sans le vouloir, un vieux reflexe pour respirer sans doute. Enfin, je dis ça mais comme je n’ai jamais rien goûté d’autre, je n’ai aucun repère pour comparer son goût à quelque chose de différent. Mais bon, j’aime bien me persuader de choses sans en être convaincue, ça m’occupe l’esprit là dedans.

Ainsi, je flotte et bizarrement alors que je suis inondée, je monte à la surface, suffocante. Cette surface étroite qui, au passage, si elle m’épargne l’asphyxie me compresse dans l’exigu compartiment du goulot de la petite bouteille. Alors, je me sens compressée, mon corps se resserre sur lui et je ne suis plus qu’un fil torturé. Mes membres se replient les uns sur les autres, ils finissent par se confondre, je ne suis plus rien. Enfin je dis ça mais est-ce que vraiment, à un moment donné, j’ai vraiment été quelque chose ? Quelqu’un ? Je n’en sais rien…

En tout cas, je crois que j’ai mal. J’en suis presque certaine puisque c’est une épreuve, un truc qui me déchire et me tourmente physiquement. Je crois même que c’est à ça qu’on reconnaît les vivants aux morts.

Enfin, je suis propulsée d’un coup sec à un moment où je m’y attends le moins. A un moment où il n’y a plus d’espoir dans cette désolation mouillée. Je souffle. Je respire.

Je fini par ouvrir mes yeux alors que j’avais clos mes paupières depuis longtemps pour ne pas voir ce qu’il m’arrivait. Alors je vois la bouteille renversée au sol. Alors je vois cette main posée dessus, je vois ses veines, je vois ses pores. Je vois surtout que la carafe est vide, que je ne suis plus dedans mais que je suis dehors.

Je comprends vite, qu’en fait, on a frotté ma bouteille comme on aurait frotté la lampe pour en faire sortir un génie. Enfin, du moins je le crois parce que dés que je sens le vent me fouetter le corps, on attend de moi que j’exauce des vœux. Le corps relié à la main qui prend sans cesse un visage différent, me demande de réaliser ses rêves, ses fantasmes, ses délicieux tourments.

Alors je me dis que, oui, je suis un génie, que j’ai des pouvoirs magiques qui me permettent de faire plaisir aux hommes, aux femmes. Aux êtres humains pour être exacte.  Alors je me dis que la vie est belle, que je suis libre et que je suis importante.

Enfin bon, je me dis ça parce qu’à côté de ce que j’ai vécu dans ma petite bouteille, il est évident que maintenant je sers à quelque chose. Il est évident que je partage des choses.

Enfin bon, je dis ça mais, finalement, comme je n’ai jamais rien vécue d’autre en dehors de cette petite bouteille…Qu'est-ce qu'on sait de la vie même si on croit tout savoir ?










Commentaires

  1. Vraiment, un très beau texte.

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  2. Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.

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  3. Je ne suis pas certaine de tout comprendre (et je suis presque inquiète)... j'espère seulement qu'il y a du positif autour de toi, de la chaleur et de la tendresse :)
    Si tu as envie, ou besoin, de parler... présente je suis !
    Bisous
    Luna T.

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    1. J'ai aussi tout lu.
      La bouteille en question n'est elle pas une bouteille jetée à la mer?
      Dans tous les cas,moi, triste je suis d'avoirperdu un petit poisson rouge sur Facebook ...

      Freddy

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  4. Freddy, le petit poisson est revenu :)
    Luna T.

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  5. C'est surement basique ce que je vais dire mais que l'on vienne du plus profond des abimes, d'un coin perdu d'une mer chaude et paradisiaque, du pôle nord ou d'une bouteille, le principal est de trouver sa place. Celle-ci sera toujours plus ou moins importante avec telle ou telle personne mais quoi que l'on dise, je pense que l'on a tous toujours un peu (certains beaucoup) besoin des autres pour se sentir vivant. Donc, autant suivre ses envies et continuer à avancer, même parfois à contre courant ...

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  6. Mais on ne connait rien de la vie, mis a part son propre passé , bien souvent certaine personne croit mieux savoir sur votre propre vie que vous même, cela reste assez risible vous ne penser pas ???

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  7. J'avais dit que je ferais une seconde lecture de cet article... c'est fait.... et elle m'a autant émue que la première... un beau texte...

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